Le manufacturier innovant

Avec le comité Leaders HEC, nous avons eu la chance d’assister à la conférence de Montréal du Forum économique international des Amériques (FÉIA). L’un des panels s’intéressait au manufacturier innovant, nom attribué par le gouvernement du Québec à son programme de soutien à la modernisation du secteur manufacturier. Nous présenterons une réflexion basée sur quelques points clés qui ont été soulignés durant cette rencontre.

Selon Pierre Gabriel Côté, PDG d’Investissement Québec (organisme assurant le financement entourant le programme du manufacturier innovant), c’est en innovant que le secteur sera à même de reprendre son souffle et garder nos usines au Québec, voire rapatrier certains lieux de production qui ont été délocalisés. Lorsqu’on pense à «innovation», on pense habituellement à la technologie, soit de nouveaux produits, services ou moyens de production permettant une rupture et un avantage concurrentiel sur les entreprises rivales.

Cependant, Nancy Simoneau (présidente du Groupe Simoneau), nous rappelait que l’innovation est avant tout une posture, favorisant l’expérimentation et le changement. Selon elle, c’est le rôle de la direction que d’implanter et incarner une culture organisationnelle innovante, en donnant de l’espace aux employés pour expérimenter. L’innovation n’est donc pas le propre de la direction ou département R&D, mais bien transversale dans l’organisation qui veut aller de l’avant. Cela se manifeste notamment en permettant la prise d’initiative, le risque et en acceptant les erreurs. Comme elle nous le disait, si on risque de perdre sa carrière pour avoir tenté d’innover en faisant les choses autrement, alors pourquoi prendre personnellement le risque au bénéfice de l’organisation? En gros, innover c’est investir de nouvelles pistes de réflexion entourant les technologies et non pas seulement implanter la nouvelle approche ou le nouvel outil à la mode!

Certes, la technologie constitue un outil puissant pour innover, mais cette posture est essentielle si l’on veut la saisir à son plein potentiel. Parce que du potentiel, il y en a pas mal du côté manufacturier! Comme le soulignait Joris Myny, VP chez Siemens Canada, la numérisation offre beaucoup d’opportunités au niveau de l’interconnection, permettant de collecter des données et donc d’avoir de l’information en temps réel au niveau de la production ou sur l’utilisation des produits. On peut donc l’utiliser pour avoir du feedback en continu sur notre performance et donc s’adapter en temps réel. Le numérique, c’est aussi la possibilité d’expérimenter, que ce soit par la modélisation ou la création d’objets à faible coût par le biais de l’impression 3D, avenue empruntée chez HP Canada qui, selon Mary Ann Yule, PDG de HP Canada, favorise le développement de produits. De plus en plus, il sera possible, selon elle, de créer des design ou des pièces pour tout simplement les faire «imprimer» près du lieu de vente n’importe où au monde par l’impression 3D.

Comme nous l’avons souligné dans un précédent article, la réussite des entreprises manufacturières passera avant tout par des réflexions stratégiques approfondie, afin de bâtir à partir de leur propre ADN, leur core business et investir le monde manufacturier d’aujourd’hui. Selon Mme. Simoneau, cela passera également par la collaboration, dans la mesure où les généralistes ont de moins en moins de chance de réussir dans un secteur aussi compétitif. On gagnerait donc à briser les silos, tant à l’interne qu’à l’externe, en favorisant le partage des idées. Cela a pour effet d’éliminer nos activités sans valeur ajoutée et à diminuer certains coûts de production. C’est une base qui permet la création de nouvelles opportunités, où chacun bâti sur ses forces afin d’innover et de renforcer la compétitivité des usines canadiennes.  

Pierre Gabriel Côté croit qu’un des dangers qui guette les entreprises manufacturières, est le déni, qui amène certains dirigeants à faire des prévisions optimistes basée sur l’actuel et qui les arrangent. Ces derniers gagneront à être plus agiles, en se remettant en question et en envisageant, le futur duquel ils feront partie. Il faut réfléchir aux possibilités que l’on a du mal à imaginer et réfléchir aux façons dont notre industrie pourrait être complètement renversée… pour y répondre avec proactivité! Ce futur passera par un manufacturier innovant, où de grandes entreprises prendront plus de risques et où les PME manufacturières mettront sur le marché des produits différenciés qui se démarquent de la concurrence. Et cette innovation n’est pas réservée qu’aux produits «techno»! Pensons au Groupe Simoneau qui produisent des chaudières industrielles, l’une des technologie les plus vieilles du monde!      

Enfin, nous avons eu la chance d’être inspiré par des dirigeants qui contribuent à créer cette vision du manufacturier innovant, contrastant avec l’aura conservatrice que l’on attribue au secteur manufacturier. Nous n’avons qu’à regarder du côté des dirigeants eux-mêmes, deux des quatre entreprises représentées lors de cette activité étaient des femmes, ce qui laisse entrevoir un futur beaucoup moins traditionnel qu’il en a l’air pour nos usines!  

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